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Cheveux / MODE & BEAUTÉ

COVID-19 et cheveux crépus : la fin d’un mythe

Il n’y a pas que les produits alimentaires qui se sont bien vendus ces deux derniers mois. Un autre produit de « nécessité » a tranquillement repris le chemin de nos salles de bain : le défrisage. Et oui, de nombreuses n’happyzes se sont avouées vaincues et ont défrisé leurs cheveux durant ce semi-confinement (au Sénégal). Et peut-on vraiment les en blâmer ?

Avec la plupart des salons fermés et les coiffeuses dans l’impossibilité de se déplacer, il fallait – pour une bonne proportion de n’happyzes – trouver une solution face aux nœuds et aux cheveux rebelles que nous nous connaissons. Et aucune solution n’a été jusqu’ici aussi « miraculeuse » que le défrisage pense la majorité.

Minielle Mansour

Si depuis quelques années, la vente de produits défrisants est en chute libre à travers le monde, essentiellement dû à une prise de conscience massive de la nocivité de ces produits chimiques (!) la tendance semble s’être inversée, au Sénégal comme ailleurs dans la sous-région. Mais est-ce vraiment à cause du COVID-19 ?

Je pense qu’en fait cette pandémie a servi de prétexte à beaucoup de monde ! Les n’happyzes des premières heures n’ont probablement pas opté pour cette issue radicale. Mais toutes celles qui y sont entrées un peu par hasard, pour suivre une « tendance » ou encore celles – nombreuses – qui avaient déjà pensé maintes fois à jeter l’éponge face à la complexité de l’entretien du cheveu crépu, ont saisi l’occasion de la fermeture des salons et de l’indisponibilité des coiffeuses et spécialistes pour céder à l’appel « du défrisage » qui, avouons-le, présente un argument imparable : délivrer des « résultats immédiats » face à un cheveu réputé « indiscipliné ».

D’entrée de jeu, ce billet ne plaira pas à la majorité de celles qui me liront. Et pourtant, je ne cherche pas à vous juger ou à vous faire culpabiliser. Vos cheveux vous appartiennent (!) et libre à vous d’en faire ce que bon vous semble. Cependant, je pense nécessaire, au-delà d’exposer les (nombreuses) raisons qui poussent à se défriser, de dénoncer les mythes tenaces associés aux cheveux crépus et qui empêchent plusieurs femmes à vivre pleinement l’expérience du retour au naturel de manière sereine, pour faire des choix éclairés.

N’happyze convaincue, je porte mes cheveux au naturel depuis 2006 et j’ai ouvert le tout premier salon de coiffure 100% n’happy au Sénégal il y a 10 ans. Je pense donc être bien placée pour pouvoir en parler, ayant contribué à l’émergence de cette mouvance au Sénégal.

Jugé comme un projet fou à l’époque, il fallait pourtant combler un vide, en aidant les femmes noires qui souhaitaient GARDER LEURS CHEVEUX AU NATUREL à trouver un lieu non-hostile à ce type de cheveu.

En 10 ans, et malgré de nombreuses coiffeuses formées, qui à leur tour ont ouvert leurs salons, les mêmes problèmes se posent et créent une frustration palpable chez la plupart des n’happyzes : que peut-on faire de nos cheveux crépus à part les couper, les tresser ou les lockser ? Pourquoi sommes-nous aussi « limitées » en matière de coiffures ? Et comment peut-on garder une tête présentable au travail comme dans des cérémonies ?

Ces questions sont fréquentes et ne trouvent pas assez de réponses satisfaisantes. Elles sont souvent à la base d’un constat amer qui peut expliquer ce ras-de-marée (de défrisants). Mais est-ce bien le SEUL problème ?

Ce que je m’apprête à vous dire ne plaira pas à la plupart de mes lectrices. Mais, trouver une solution à nos problèmes de cheveux nécessite en fait que nous réglions d’abord le problème d’acceptation de nos cheveux que vivent beaucoup d’africaines et de sénégalaises en particulier.

minielle mansour

En 10 ans de pratique, je sais aujourd’hui que le VRAI problème dans votre rapport à vos cheveux se situe au niveau de « mythes », de « légendes urbaines » qui ont achevé de vous convaincre que ce « truc », ce « machin » qui pousse sur votre tête ne vaut tout simplement pas la peine qu’on s’en occupe. Et je vous propose de les déconstruire sans plus attendre.

Mythe # 1 : il (le cheveu afro crépu) n’est pas beau, il est coriace et passablement indiscipliné.

Entre ces deux photos, la majorité des avis diront que l’après est mieux que l’avant ! Et tant mieux pour les coiffeurs qui surfent sur cette vague de transformation radicale pour vous donner l’illusion que le « silk press » et de « steampod » sont les solutions à vos problèmes.

Tous les salons de coiffures sérieux vous le diront : la première source de revenu c’est les permanentes et les lissages. Les Avant/Après font fureur sur le web et, toutes expertises confondues, on cherche à vous convaincre que vous serez PLUS BELLES et vos cheveux seront EN MEILLEUR SANTE une fois lissés. Il n’y a malheureusement rien de plus FAUX. Et les traitements préventifs qu’ils vous vendent n’y changent rien.

Le cheveu crépu, malgré son apparence, est le cheveu le plus fragile de tous les types. Parce qu’il pousse en spirale, justement, il n’a pas vocation a être raidi.

Minielle mansour

Un peu comme le proverbe en wolof qui dit que les femmes sont comme un os courbé qui, si l’on cherche à le redresser se brisera, votre cheveu n’a pas voction à devenir raide. Il peut être « détendu » mais pas aplati, sinon c’est le drame ! Vous devez apprendre à connaître votre type de cheveu et à donner plus de considération aux salons et instituts qui ne vous proposent pas systématiquement de les lisser.

Parce que ce processus de lissage du cheveu afro se fait en plusieurs étapes, pour de meilleurs résultats, le cheveu est alors manipulé plus de fois qu’il n’en faut et sera brisé/cassé, arraché… pour les besoins de cette prestation. Ce que bien entendu beaucoup (trop) de coiffeurs vous cachent. Et, comme bien souvent c’est le résultat qui compte, les magiciens du séchoir et du babyliss vous éblouiront en vous présentant d’abord, un cheveu afro sec et sans mouvement (parce que les produits qu’ils utilisent doivent justement traumatiser votre fibre capillaire pour la « discipliner ») qui – avec l’effet cendrillon – deviendra plus long, plus souple (!) et brillant…jusqu’aux 12 coups de Minuit !

Une fois l’euphorie de cette transformation passée, vous retrouvez un cheveu encore plus abîmé qu’au début et là, face à autant de sécheresse et de casse, vous baissez forcément les bras.

Le conseil : donnez-vous le temps de vous renseigner, de lire pour mieux comprendre votre cheveu afro, vous apprendrez alors qu’il existe des techniques traditionnelles pour lisser vos cheveux. Ils ne deviendront certes pas aussi raide qu’un cheveu caucasien (ça ne devrait pas être le but) mais bien assez pour vous permettre de faire de belles coiffures sur cheveux étirés.

Ce qui nous amène d’ailleurs au second mythe…

Mythe # 2 : il (le cheveu afro) ne permet de faire que des « tresses du village ».

Le meilleur moyen de lisser nos cheveux crépus vous le connaissez pour son efficacité. Mais vous le rejetez pour sa forme rédhibitoire, soit-disant. Si vous avez tout de suite pensé « aux antennes de TV » c’est que j’ai raison. Les tresses au fil ou lakhass (ici au Sénégal) sont pourtant, de mémoires de femmes africaines, plus miraculeuses que tous les « lissages » (japonais, brésiliens…scandinaves lol) réunis, puisque le résultat est obtenu sans agresser le cheveu justement. C’est notre défrisant naturel à nous !

Crédit photo : Salon Elle Emoi

Car, au lieu d’employer des produits potentiellement cancérigènes (!) et une plaque chauffée à plus de 200° (que vous n’imagineriez JAMAIS posée sur votre peau… pourtant constituée de kératine, comme pour vos cheveux et vos ongles), la prouesse des lakhass consiste à étirer le cheveu JUSTE avec du fil dont on se sert comme d’un tuteur. Le cheveu passe ainsi de très court à archi long en une fraction de seconde.

Mais ça, il faut le savoir pour l’appliquer. Et, surtout, pouvoir vivre avec l’idée de porter ses fameuse « antennes » sur la tête. Et justement, comment un salon digne de ce nom pourrait proposer une technique aussi rudimentaire et s’attendre à ce que des clientes « paient » pour si peu ?

Voici, en bref, le genre de réactions que suscite cette technique auprès de nombreuses clientes qui, ironie du sort, payeront volontiers très cher pour abîmer leurs cheveux à coup de techniques agressives. Mais refuseront d’opter pour une solution low-cost qui réduit les manipulations et évite la casse excessive. Cherchez l’erreur !

Le constat : il n’y a certes pas assez de lieux d’échanges pour permettre aux femmes africaines d’apprendre à connaître leurs cheveux et à choisir des techniques traditionnelles plus adaptées à l’entretien de nos cheveux. Mais il y a surtout pas assez de femmes sénégalaises mentalement prêtes à employer des techniques SIMPLES, réputées faire plus de bien à leurs cheveux, mais qui ne renvoient pas l’image d’une femme « moderne »,  » sophistiquée ». C’est un choix radical qu’elles ne sont pas toutes prêtes à faire.

Mythe # 3 : il (le cheveu afro) fait sale et délabré.

Vous avez probablement vécu cette scène surréaliste où, fraîchement sortie de votre salon de coiffure, vous rentrez chez vous, passez quelques heures en cuisine (où vous avez transpiré) et là, avec STUPEUR, vous constatez, en même temps que vos proches, que vos tresses ont pris un sérieux coup … elles paraissent, en effet, vieilles de plusieurs jours alors que vous venez à peine de vous coiffer. En plus d’essuyer les railleries de votre entourage, vous vous laissez abattre par ce sentiment que décidément tous vos efforts ne paient pas.

Comment garder ses twists plus longtemps sans donner l’impression que l’on démarre des locs ? Comment garder ses tresses couchées plus d’une semaine sans que notre entourage ait l’impression que nous avons renoncé à toutes notions d’hygiène ? Ces questions, on me les a posées des milliers de fois… et ma réponse est toujours la même : « ce n’est pas possible » car c’est dans la nature même de nos cheveux de reprendre le dessus, surtout au contact de l’eau (humidité, transpiration et pendant vos wudhu, 5 fois par jour ou pour votre grande ablution).

Et parce qu’absolument TOUT, dans notre façon de vivre, concourt à nous faire bouger et interagir avec de l’eau, il n’y a aucun moyen de garder son cheveu AU NATUREL, c-à-d de chercher à l’empêcher de réagir à son environnement.

Minielle Tall

Dans le cas du cheveu défrisé, la question ne se pose pas puisque le contact avec l’eau ne fera aucune différence, le cheveu ayant été chimiquement altéré. La marque ACTIVILONG le décrit bien ci-dessous :

Illustration : copyright de Activilong

Le conseil : Sans cette intervention chimique (nocive rappelons-le), vous ne pouvez pas espérer que votre cheveu reste dans sa forme étiré. Il faut, là encore, se faire une raison et apprendre à vivre avec. C’est d’autant plus vrai pour les femmes voilées qui ne peuvent pas recourir à des extensions / rajout de mèches ou de laines qui sont réputés efficaces pour retarder l’effet « raap ».

Ce qui nous amène au mythe suivant :

Mythe # 4 : les mèches et extensions synthétiques sont des coiffures protectrices

« Jigueen deye lettou » (une femme se reconnaît à ses tresses). Au Sénégal, cette maxime populaire donne le ton. Nous avons intégré, depuis le plus jeune âge, que de belles « tresses » doivent être fines et serrées et EXIT le rituel de soins. Un cocktail explosif ! C’est en soit déjà un grave problème. Avec l’arrivée des mèches synthétiques et avec des chevelures de moin en moins fournies, beaucoup ont pensé qu’elles parviendraient à faire oublier leurs calvities naissantes. Il suffisait d’avoir de jolies mèches et le tour était joué.

Ces extensions donnaient à toutes et tous l’illusion d’un cheveu plus long et surtout plus docile. Et sans arrêt, nous les enlevions pour les refaire aussitôt, en ne prenant jamais le temps de reposer et nos cheveux et notre cuir chevelu. Ce qui, en soit, n’est pas le propre d’une coiffure PROTECTRICE !

Je pense que c’est la période qui a fait le plus de mal à nos cheveux qui, déjà n’étaient pas entretenus, et qui désormais allaient être mis au contact d’une fibre synthétique qui les lime tel un couteau aiguisé et les arrache à la racine… faisant de nombreuses victimes. Et puis vint alors le GREFFAGE… et ses coutures serrées… un génocide capillaire qui sévira pendant des années.

Minielle mansour

C’est pour rompre avec toutes ces pratiques barbares que le retour au naturel s’avérait une chance pour de nombreuses sénégalaises et africaines en général, en leur fournissant l’occasion de couper avec leurs mauvaises habitudes capillaires. C’était le moment où jamais de renouer avec nos cheveux. Hélas, cela ne s’est pas fait pour une grande majorité de nostalgiques du cheveu lisse, restée attaché à ce rituel abominable de mèches sur mèches – et qui s’étonne de ne pas avoir de résultats.

Le constat : il y a tout un pan de la profession de coiffeurs/tresseuses qui ont grand intérêt à maintenir ce statu quo. Elles tressent d’ailleurs de moins en moins cher et préconisent volontiers l’usage de défrisants (ou texlaxer) pour effectuer des prestations moins chronophage (et gagner sur le volume de tête à la journée). Les tresses sont ainsi de plus en plus fines, laissant peu de chance à votre bulbe pileux de survivre à un tel traumatisme. Et certaines enseignes n’hésitent pas à brouiller les pistes en mettant de l’avant leur spécialité « nhappy », sans réelle connaissance (et surtout sans amour) pour ce cheveu.

Mythe #5 : si on a une bonne nature de cheveu, ils pousseront tout seuls et sans efforts.

Le secret le mieux gardé de votre youtubeuse préférée c’est sa persévérance et la régularité avec laquelle elle fait ses soins ! En ne vous montrant que les « bons moments » de leurs enregistrements, les youtubeuses célèbres (et pas forcément du Sénégal) entretiennent le mythe d’un cheveu extraordinaire qu’elles ont réussi à dompter, sans trop de mal. Vous aurez tendance à penser qu’elles obtiennent des résultats spectaculaires et sans efforts. Pas si sûr !

Si en effet certaines ont un patrimoine génétique exceptionnel, toutes les autres doivent travailler dur en coulisse pour faire pousser cette belle crinière qui fera le succès de leur page. Du coup, et pour vous rendre accro, elles ne vous livreront que la moitié de la « formule magique ». Pour le reste, ce sera MOTUS et bouche cousue.

Le conseil : vous devez bien entendu continuer à regarder vos influenceuses préférées qui vous motiveront comme personne. Mais ne vous laissez pas non plus berner au point de sombrer dans une logique improductive. Tous les cheveux sont différents et comme on le dit si bien : « Practice makes Perfect »… c’est en forgeant que l’on devient forgeron.

En conclusion, retenons simplement que nous n’avons pas toutes choisies de porter nos cheveux au naturel pour les mêmes raisons. Mais la plupart des femmes que j’ai eu à rencontrer souhaitent d’abord et avant tout, savoir si oui ou non leurs cheveux peuvent pousser. Elles commencent l’aventure généralement l’aventure en hésitant. Et selon les résultats qu’elles obtiennent, elles se laissent convaincre mais sans jamais vraiment renoncer à les lisser un jour, pour changer de tête ou pour une grande occasion.

Si vous faites partie de ce groupe là, COVID ou pas vous trouverez toujours un prétexte pour repasser par la case « défrisage ». Ne vous en voulez pas.

Mais ne blâmez pas non plus votre cheveu crépu (ou les coiffeuses/salons) de ne pas vous avoir donné satisfaction. Rendez-vous juste à l’évidence, vous êtes vous aussi à la recherche de « l’effet cendrillon » et n’êtes pas prêtes à vivre l’aventure n’happy pour ce qu’elle est VRAIMENT : un rendez-vous avec vous même. Une découverte des potentialités énormes d’un cheveu resté longtemps incompris et qui, peu à peu, reprend ses droits, si seulement vous le laissiez faire !

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